LA LETTRE OUVERTE :lettre ouverte.doc
"Vous êtes engagé(e) dans la campagne électorale des cantonales.
Notre littoral est particulièrement concerné au premier chef par l’opération de dragage et de clapage des boues de la rade de Lorient
Si nous comprenons parfaitement la nécessité de draguer les différents ports et leurs accès, cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix.
La pêche, les activités touristiques, la préservation de notre environnement, notamment maritime sont, pour nous et pour la population, des facteurs essentiels à prendre en compte.
Depuis 1997, 1.045.000 m3 de boues ont été immergées au nord-ouest de Pen Men à quelques encablures des côtes ploemeuroises.
Dans les 10 ans à venir, plus de 2.515.000 m3 seront dragués.
155.000 M3, provenant de l’ex-base sous-marine, vont être immergées dès l’automne 2011 sans qu’aucun état des lieux de la zone de clapage n’ait été dressé.
Ces clapages se font toujours dans la même zone située à 98% en zone NATURA 2000.
Les analyses des derniers carottages confirment la présence de métaux lourds toxiques, à la limite supérieure des normes autorisées. Ainsi plus de 30 tonnes de métaux lourds sont contenus dans ces 155 000 m3 de boues.
De nombreuses associations du pays de Lorient et d’ailleurs, s’en offusquent et pensent que la notion de développement durable, si souvent utilisée dans les discours, passe par l’arrêt des clapages, répétés et massifs, en pleine mer.
Les politiques se sont très peu manifestés jusqu’alors.
C’est pourquoi nous vous demandons, de vous situer par voie de presse, dans ce débat qui engage l’avenir de notre beau littoral et de la qualité de ses eaux.
La clarté de vos positions permettra aux électeurs de mieux envisager leur avenir environnemental."
LA REPONSE : réponse lettre ouverte.doc
Loïc Le Meur
Conseiller Général sortant
Candidat aux élections cantonales des 20 et 27 mars 2011
Le 12 mars 2011
Messieurs les Présidents et membres des associations des pêcheurs plaisanciers des ports et abris côtiers du canton de Ploemeur – Larmor Plage et des deux associations des quartiers de Lomener de l’anse de Kerguelen,
J’ai lu avec attention votre lettre ouverte sur le sujet du clapage des sédiments du port de Lorient. Comme vous le savez, je suis particulièrement sensible aux dossiers qui ont trait à la mer et au littoral, ce à plusieurs titres.
En premier lieu, en qualité de maire d’une commune littorale, j’ai pu démontrer à de nombreuses reprises, sur différents domaines, mon intérêt, mes connaissances et ma passion pour l’ensemble des activités et des problématiques liées à la mer.
Très impliqué dans les différentes structures du Port de Pêche de Lorient-Kéroman, administrateur de l’Association des Élus du Littoral – ANEL, et, à ce titre, participant actif aux travaux du Grenelle de la Mer, je suis également membre de la commission de suivi du site d’immersion de Groix où j’ai plaisir à rencontrer vos représentants.
Ma fonction d’élu politique et mes présences aux différentes réunions de cette commission ainsi qu’au comité de pilotage stratégique portuaire régional attestent s’il fallait le démontrer qu’avec mes collègues, les élus ont depuis des années pris en compte le sujet que vous abordez aujourd’hui.
Par ailleurs, vous savez que je suis à titre personnel, et en qualité de pêcheur plaisancier, membre de l’une de vos associations et donc aussi sensible aux préoccupations qui sont les vôtres.
Les réponses aux questions que vous posez aux candidats aux élections cantonales nécessitent des explications motivées et approfondies car le sujet est particulièrement complexe.
Je suis en accord avec vous sur le fait que le traitement de ce dossier a singulièrement manqué de pédagogie et la diffusion des informations a été incomplète donnant ainsi lieu à des interprétations souvent sans expertise scientifique, créant de cette manière une confusion dans les esprits.
Ma position sera, comme vous me connaissez, claire et conforme à mes engagements responsables c’est à dire sans démagogie ni double discours, sans idéologie mais pragmatique, sans solution miraculeuse sortie d'un chapeau et tenant plus d'un inventaire à la Prévert, mais en regardant avec réalisme et objectivité la situation.
Sur le sujet des dragages des sédiments marins de nos ports, dont le clapage en mer constitue l’un éléments, il convient, me semble-t-il d’examiner les différents aspects du problème.
Il est utile de rappeler que la pérennité ou le développement des activités de pêche, de commerce et de plaisance, importants générateurs d'activités des zones côtières, impliquent le maintien des possibilités d'accès des navires aux ports, rendant indispensables les opérations de dragages des ports.
Les collectivités locales assurent ainsi la mise en œuvre du dragage des ports et accès nautiques pour les besoins des autres, c’est à dire pour permettre le développement des activités de l'économie maritime et des emplois (transport de marchandises, de voyageurs, pêche, construction et réparation navale, gestion des ports, plaisance, tourisme ...)
Sans leurs interventions, il appartiendrait aux usagers d’assumer directement les coûts de ces dragages dont chacun convient déjà du montant important.
Sur ce point, je ne peux pas être d'accord avec ceux qui demandent à faire payer ces charges de dragage par les usagers des ports et abris donc aussi par les plus modestes qui ne peuvent envisager de voir augmenter de manière considérable le coût annuel de leur mouillage.
Par ailleurs, ces dragages respectent les valeurs et les principes du développement durable en participant directement à la fonction économique des ports.
En limitant le bilan carbone des transports terrestres (nous savons en Bretagne notre additivité à la route de nos modes de déplacement) le transport maritime préserve ainsi notre écosystème.
S’il fallait transporter par route les sédiments de dragage, vous concevez aussi que le bilan écologique serait particulièrement négatif.
Il ne peut non plus être question de faire assumer par le transport maritime du seul port de Lorient un tel coût alors que les autres ports de la façade atlantique adoptent le clapage en mer des sédiments qui peuvent être immergés.
D’une manière générale, je partage l’opinion du Président du Conseil Régional de Bretagne lorsqu’il inscrit le dossier des dragages comme relevant d’un enjeu mutualisé et régional. Le projet de charte des dragages des ports bretons issu du comité de pilotage stratégique portuaire régional du 22 juin 2009, constitue un cadre de démarches et d’actions pertinentes (mutualisation des expériences et des résultats, interprétation des normes au regard de la directive 2015 et des études d’impact, lecture mutuelle de la réglementation…).
Avant d’évoquer l'immersion des sédiments, il convient donc dans le cadre de cette charte, d’examiner la manière dont les normes seront respectées en conformité avec la réglementation en vigueur.
Sur le clapage en mer des sédiments conformes à la réglementation, le comité de suivi du site d'immersion au nord-ouest de Groix qui réunit l’ensemble des acteurs, est, depuis sa mise en place en janvier 2005 particulièrement attentif et bénéficie notamment de l’appui des services d’Ifremer et de la police de l’eau.
Un état « zéro » a été établi en 2001-2002 et un levé bathymétrique annuel pour comparaison des fonds, les vidéos annuelles des fonds marins de la zone, le suivi biologique annuel et le suivi des opérations de dragages permettent aux experts de donner leur avis (cf. rapports d’Ifremer).
Ainsi, les derniers rapports d’expertise montrent à partir des stations matière vivante, des stations sédiments et des stations images vidéo, une conformité des analyses selon Ifremer. La transcription qui en a été faite dans le dossier d'enquête n'est sans doute pas satisfaisante.
Puisque cette zone de clapage ne concerne que les sédiments non contaminés, correspondants à la réglementation en vigueur, il me paraît logique que ces sédiments provenant du milieu marin reviennent dans leur milieu d’origine c’est à dire la mer.
Cette position semble également être adoptée dans les autres sites bretons. Il est encore utile d'observer que les dragages des ports bretons concernent un volume d’environ 300000 m3 / an pour une moyenne lorientaise de 55000 m3, alors que près de 3 millions de m3 sont annuellement dragués dans le port de Nantes St Nazaire.
Enfin, il faut se souvenir que cette zone d’immersion résulte de l’opposition au site d’immersion utilisé depuis l’après guerre. Il était nécessaire de trouver un nouveau lieu plus adapté qui après une large consultation menée entre 1992 et 1994 a été choisi au nord-ouest de Groix, avec l’accord du comité local des pêches.
Toutefois, il pourrait être intéressant aujourd’hui d’examiner de nouvelles hypothèses de sites d'immersion si les acteurs en exprimaient la demande.
Pour terminer, vous savez ma détermination à voir enfin suivie par les services de l'État qui en est responsable, la zone d’immersion des munitions située non loin de la zone de clapage. Ce lieu mériterait à mon sens beaucoup plus d’attentions qu’il n’en soulève aujourd’hui.
En conclusion, il est utile de rappeler que ces réflexions et ces questionnements n’engagent pas les candidats à l'élection au Conseil Général puisque ce sont les conseillers communautaires de Cap l'Orient Agglomération qui ont eu et auront à statuer sur ce dossier.
Ainsi, lorsque ce dossier a été examiné en septembre dernier, par notre Conseil Communautaire, il a été adopté par 66 voix, 4 voix contre (les verts) et 4 abstentions (dont les élus de Groix). Vous constatez ainsi qu'aucun des 19 maires de la communauté d'agglomération ne s'est opposé à l'immersion des sédiments.
Je suis en effet favorable au clapage en mer des sédiments marins, lorsque l'analyse montre qu'ils sont conformes à la réglementation. Parce qu'ils proviennent de la mer, ils doivent retourner dans leur milieu d'origine.
Pour ce qui concerne les sédiments pollués, je m'engage à mettre tout en œuvre pour qu'il soient traités à terre dans le respect de la démarche de développement durable et solidaire dans laquelle je me suis engagé depuis plusieurs années.
J'espère avoir répondu le plus honnêtement possible à vos interrogations et reste à votre disposition pour toute rencontre.
Je vous prie de recevoir, Mesdames et Messieurs, l’expression de mes meilleurs sentiments.
Loïc Le Meur